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Niger - Niamey
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de Christophe, 17-01-2008 |
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Niger, Bénin, Togo et retour au Mali |

J’ai décidé qu’après le Mali se devait être le Niger, qu’au pays des mille dépaysements succèderait celui du Ténéré et de ses fameuses dunes. Mais si j’ai pu profiter pleinement des dépaysements maliens, la visite d’Agadez et du désert ne pourra se faire, la région étant instable et donc interdite aux touristes. Depuis quelques temps je me suis donc fait à l’idée d’entrer au Niger pour en ressortir dépourvu des souvenirs que le pays sait graver dans les mémoires de ses visiteurs.Pour revenir à mes derniers instants au Mali, le jour du départ le réveil est matinal puisque c’est à 5 heures que commence le chargement des bagages. Cette étape est un facteur important sur le pronostic qu’on peut faire sur l’heure réelle du départ du bus. Cette fois-ci les bagages étalés par terre n’encerclent pas totalement le bus et les apprentis préposés au chargement ne semblent pas s’éterniser longtemps sur la valeur des pièces que doivent sortir de leurs poches les passagers. A l’appel de son nom, on se lève des bancs installés devant l’agence pour monter dans le bus. L’un des passagers, avec comme unique bagage un maigre sac plastique, m’indique qu’il m’a gardé une place auprès de lui dans le véhicule. Mais le peu de monde nous incite tous à profiter de 2 ou 3 fauteuils, une rangée étant composée de 5 places avec d’un côté 3 sièges côte à côte. Il semble vouloir faire connaissance mais c’est durant le trajet et au passage des différents postes frontaliers que sa solitude et son embarras vont trouver leur raison pour le plus grand bonheur des « uniformes ». As-t-il des papiers ? En tout cas pas assez d’argent. A l’un des contrôle, alors que tout le monde attend dehors pour reprendre sa pièce d’identité en cours de vérification par des douaniers à l’affût de la moindre occasion pour racketter, lui retourne dans le bus et en ressort avec son bagage, son voyage s’arrête là … pour l’instant. Sa mésaventure ressemble à celle de beaucoup d’Africains qui quittent leur famille pour chercher du travail ailleurs. Il y a l’exode très médiatisé vers l’Europe mais surtout celui à l’intérieur même du continent. Sur leur parcours, leur pécule est vite bouffé par les transports et les contrôles, surtout si les papiers font défaut et si les douaniers rencontrés ne pensent qu’à venir au travail en Mercedes.Me voici donc au Niger. Le bus n’étant pas plein, le chauffeur satisfait les bras qui s’agitent au bord de la route, ceux de villageois qui pour certains versent des larmes en prenant place dans le véhicule avant d’accueillir avec des sourires les constructions qui se multiplient de chaque côté de la route à l’entrée dans la capitale Niamey. Arrivé dans la ville, le bus choisit une pompe à essence comme auto gare. Les cartes des guides, en l’occurrence du Lonely Planet, peuvent parfois être bien faites. Ainsi je m’aperçois n’être pas loin d’une auberge. Avec l’aide de quelques passant j’y arrive mais pour m’entendre dire qu’elle affiche complet. En plus le prix y est 3 fois plus élevé que celui indiqué par le guide. J’allais tout de même pas vanter certains aspects du guide sans en dénoncer les désinformations ! Mais de nouveau grâce au guide je me lance à la recherche d’une seconde auberge… toujours à pied. Nouvelle réponse négative. Soit je suis défaitiste et je ressasse mes trajets à pied en regrettant de ne pas les avoir fait en taxi pour m’éviter de n’être qu’à ma seconde tentative alors que le soleil se couche, ou soit je pars plein d’optimisme et toujours à pied vers une autre destination. C’est tellement tentant de poursuivre à pied en s’entendant dire que l’hôtel est tout proche ou bien sans vouloir s’entendre dire qu’ici parfois les distances c’est un peu comme le temps……...tout est relatif. J’arrive donc à l’adresse indiquée par une personne ayant pris pitié de moi….mais pas de mon porte monnaie : 35 000 cfa la chambre la moins chère (53€). « Vous voulez vraiment pas en visiter une ? » « Merci ce n’est pas la peine ». Malgré mon refus le gérant m’indique une autre adresse située non loin de là. Je contourne un mur (à pied !) encerclant un terrain vague et quelques bâtiments servant d’école pendant la journée. J’arrive à l’hôtel « Relax » et j’y trouve une chambre libre à un prix raisonnable, surtout après négociations avec le patron étant donné mon intention d’y rester 3 ou 4 nuits. Je tombe avec ma fatigue sur le lit deux places puis je ne vais pas plus loin que le coin de la rue pour satisfaire une envie pressante : j’ai faim.Plusieurs missions m’attendent pendant ce séjour Nigérien. La première catholique pour chercher dès le lendemain où assister à la veillée de Noël. Je me rends à l’heure et l’endroit indiqué plutôt dans la journée par « ma sœur », pour la première des deux représentations. A l’extérieur des chaises devant un écran géant, dans la cathédrale ce n’est pas la foule mais le spectacle commence à l’heure : musique « live » et pas de danse au moindre déplacement des acteurs de la célébration qui durera 2 heures. Au moment de sortir, c’est la bousculade avec les personnes désireuses d’obtenir les meilleures places pour la deuxième séance. J’hèle un taxi et regarde passez de nombreux 4X4 venus à la messe avant d’en convaincre un (un taxi !) de m’emmener à l’hôtel. La seconde mission est administrative. Il existe un visa appelé VTE Visa Touristique Entente, permettant d’aller au Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Bénin, Togo et Niger et que l’ambassade de France délivre...d’après mon guide. J’ai vraiment décidé dans ce récit de fêter l’état déplorable de mon guide et de l’honorer de toutes ces informations vraies ou fausses qu’il me fournit. L’ambassade de France ne délivre pas ce visa…..Mais l’ambassade du Bénin le délivre… d’après un personnel de l’ambassade …………….. qui se prend pour mon guide ! L’ambassade du Bénin ne délivre pas ce visa ! Au fait, je passe la description des déplacements et de mon apprentissage de la ville et de cette merveille : le tarif pour les déplacements en taxi en ville est fixe, pas de négociations avec le chauffeur, trop facile !A l’ambassade du bénin on m’indique que le visa est délivré à la « Sûreté Nationale ». En effet, il suffit d’attendre une petite demie heure après avoir fourni le formulaire, l’argent et les photos pour que le passeport revienne dans les mains de la policière secrétaire. Cette dernière facilite même la procédure lorsque je lui demande qu’on rectifie le « une entrées » par « deux entrée » ou « entrées multiples ». Elle rature le « une » en « deux », un coup de tampondessus et l’tour est joué ! La troisième mission est de trouver un cyber non loin de l’hôtel. Une fois le lieu trouvé, je m’active à faire partager mes aventures maliennes sur mon blog. Ca me prendra pas mal d’heures.Dernière mission : préparer le départ pour le Bénin en pirogue. Il faut trouver le fleuve et demander d’où partent les pirogues. Une fois arrivé là où accostent les embarcations, il faut trouver la personne qui pourrait me faire monter dans une pirogue. Une fois la personne trouvée, conclure sur le prix, le jour et quelques conditions de voyage. C’est donc le jeudi 27 décembre à midi que je m’installe dans la pirogue pour rallier la frontière béninoise. Durée prévue du voyage : 2 jours 2 nuits. Coût du voyage : 10 000 Cfa (15€), repas non compris. J’attends le départ avec autour d’autres pirogues déposant d’énormes quantités de courges. Le soleil tape mais l’attente ne dure pas et je quitte Niamey dans une pirogue où ont pris place seulement 7 ou 8 personnes mais pas de marchandises. Le début du parcours se fait à un rythme qui nous ferait arriver à la frontière dans au moins 2 semaines : arrêts fréquents dans des villages pour saluer des gens et grignoter et boire. A la tombée de la nuit nous arrivons comme prévu dans la ville que m’avait annoncée le pinassier au départ de Niamey. Seulement j’avais trouvé en jetant un coup d’œil sur la carte de mon guide que cette ville se situe environ au dixième du parcours et j’avais été assez fou pour penser qu’on pouvait aller plus vite que les prévisions. Quand vais-je arriver à la frontière… !? Après tout je ne suis pas pressé, un réveillon dans une pirogue, ça l’ferait pas mal…comme souvenir ! Nous sommes donc à Say. Nous descendons de la pirogue et des uniformes qui attendent à l’ombre d’un arbre ont tout le temps de fouiller mon sac. Ils s’aventurent même à me demander où se trouve sur mon passeport un cachet qu’ils viennent juste d’inventer ! mais la demande sera sans suite et je peux remettre mon sac dans la pirogue pour aller comme les autres en ville flâner et manger. De retour au bord du fleuve mon lit sera la pirogue avec le duvet et la moustiquaire attachée à l’une des quelques traverses qui rejoignent les 2 bords de l’embarcation. Le lendemain, avant de sortir de mon emballage au petit jour, j’ai l’impression que les spectateurs seront en grand nombre à en croire les bruits continuels des pirogues qui semblaient plus arriver que repartir durant toute la nuit. Je sors la tête, la chenille aimerait se transformer en papillon pour s’envoler et échapper à tous ces regards. « Bonjour », « bonjour », « ça va », « bonjour », « ça va bien », « bonjour »…………………. Puis ces regards prennent un air étonné, comme les nôtres d’ailleurs lors du premier pliage à la maison, quand le cocon une fois plié ne tient que dans une seule main. Pour renforcer mon scepticisme sur le jour d’arrivée au Bénin, on m’annonce que la pirogue ne partira qu’en début d’après-midi. C’est aujourd’hui le marché dans la ville et au village situé juste en face sur l’autre rive du fleuve. Ainsi toute la matinée des petites embarcations vont et viennent entre les 2 berges. Les pinassiers attendent leurs passagers et décident de partir quand le nombre de passagers et la quantité de marchandises semblent suffire à leur business. Pourtant nous partons sans que la pinasse soit surchargée, juste avec un peu plus de monde que la veille. Mais c’est sur le parcours que le spectacle va avoir lieu. Durant toute l’après-midi, les passagers et marchandises vont s’entasser dans la pirogue : l’un avec son vélo, l’autre avec un grand matelas, un troupeau de chèvres et à la tombée de la nuit nous sommes près de cent dans la pirogue, serrés les uns contre les autres, genoux pliés ou déployés pour supporter la tête d’un autre. Tout un enchevêtrement de personnes cherchant à s’endormir malgré la fraîcheur. Certains ont des couvertures et d’autres pas grand-chose sur le dos alors que mon duvet me parait indispensable. Puis nous sommes réveillés par l’arrêt de la pirogue qui ne veut plus redémarrer. C’est à cet instant que mon respect pour les chauffeurs et apprentis de la pirogue trouvera sa juste valeur. Alors qu’ils ne dorment presque pas pour se relayer « à la barre », guidée avec le pied ! Alors que cette nuit sans sommeil fait suite à une journée de chargements parfois un peu physiques : charger une quarantaine de chèvre les pieds dans l’eau n’est pas qu’une partie de plaisir !, Ils trouvent la force….morale, de ne pas s’affoler face à cet imprévu qui arrivant peut-être régulièrement passe pour eux comme quelque chose de prévu. Ils sortent ce qui fait office de boîte à outils et lampe torche serrée entre la tête et l’épaule ou tenue dans la bouche, ils réparent. Le temps de la réparation n’est pas source d’énervement, encore moins pour les passagers qui pendant ce temps ne ressentent pas la sensation de fraîcheur due à l’avancée de la pirogue. Ils sont là, les 4 ou 5 « responsables » de l’embarcation, pour tenter de réparer la panne et finalement décider de changer le moteur par l’autre de secours. Un moteur de secours……un peu de prévoyance dans ce monde d’imprévus ! La pirogue repart et chacun peut essayer de retrouver le sommeil. Au lever du jour, les chauffeurs annoncent qu’on arrivera bien dans la matinée. Avant cela, nous déposons un apprenti dans son village, ce garçon dont l’énergie et la résistance forcent le respect. Pendant 2 jours, il n’aura fait que se « balader » sur les bords de la pirogue pour charger et décharger ou vider La pirogue de l’eau qui s’y infiltre continuellement, la nuit aussi bien sûr. La réflexion suivante peut paraître un peu de trop, mais comment ne pas penser à tous ces préjugés sur les attitudes des africains face au travail, dans la mesure où il y a beaucoup de jeunes….. et de moins jeunes, qui abattent une charge de travail impressionnante …. et pour quelques CFA seulement. Mais où puisent-ils cette force physique et mentale ? Nous apercevons le pont qui relie le Niger au Bénin, sur la rive gauche le Niger, sur la rive droite le Bénin, nous naviguons depuis quelques kilomètres sur la frontière. Mais avant d’atteindre le pont nous accostons sur la rive droite alors que la plupart des passagers viennent du pays de la rive gauche. L’escale ne dure pas longtemps, en quelques minutes toutes les personnes descendues de la pirogue disparaissent dans la nature, emportant avec eux leur petit business ou leur espoir de trouver un petit boulot. Il n’y a plus que 2 ou 3 personnes en plus des « employés » de la pirogue et j’entends ces derniers discuter à mon sujet. Je leur avais manifesté mon besoin d’être déposé côté Nigérien pour faire tamponner mon passeport. Ils n’ont pas pour habitude de s’arrêter à cet endroit et pourtant ils vont accepter de me déposer juste au pied du pont……………… sur la rive gauche. Geste d’une grande importance pour moi et qui vient renforcer l’estime que je leur porte. Ils ont fait en sorte que je passe 2 bonnes journées sur la pirogue, de bien m’installer, même si l’arrivée de nouveaux occupants tout au long du parcours réduisait de plus en plus l’espace de chacun, de partager leurs repas et pour finir de faire ce petit détour dont les plus gentils des « passeurs » n’auraient même pas daignaient faire. Avant de descendre de la pirogue et pour ne pas avoir à faire quelques mètres les pieds ou plutôt les jambes dans l’eau, ils interpellent un gondolier, euh…un piroguier qui me fait accoster sans contrepartie dans des conditions dignes d’un touriste ayant débourser une fortune pour s’attacher les services de piroguiers privés. Je pose le pied sur le sol nigérien et regarde la pirogue s’éloignée. Je fais tamponner mon passeport et prend sur le pont une moto pour traverser la frontière, celle qui en enjambe une autre où coule une pirogue et quelques bras qui s’agitent comme des au revoir entre amis qui auraient voyager des semaines ensemble. J’arrive à la douane Béninoise et suis tout de suite plongé dans un autre décor et une autre ambiance. En guise de bienvenue, les douaniers me vantent les charmes de leurs filles suite au passage de l’une d’elle devant nous. Les souvenirs se succèdent peut-être trop vite pour que je puisse correctement les stocker tous dans ma mémoire. Les piroguiers resteront donc dans ma tête aussi longtemps qu’elle pourra les contenir avant de les égarer……………… par manque de sérieux dans la tenue de mon journal de bord. Heureusement les souvenirs ne sont pas accompagnés de nostalgie, juste par cette question « qu’est-ce que ça fera quand ça s’arrêtera ? » Instant important dans mon voyage géographique, je quitte le Sahel pour rendre visite à la « sous-région ». La moto - vous vous souvenez, celle qui m’a fait passer la frontière – me dépose quelques km plus loin dans la gare routière de Malanville, ville la plus au nord du pays. Je cherche un véhicule pour le sud du pays sans savoir exactement dans quelle ville m’arrêter, le tout dépendra de l’heure à laquelle je quitterai Malanville. Le véhicule trouvé je m’installe à l’ombre d’un arbre situé au centre de l’auto gare où tout le monde, dans l’attente du départ, vient chercher auprès des petits vendeurs de quoi remplir son estomac avant de voyager. Je mange bien et suis sans arrêt tenter de grignoter pour faire passer l’attente. J’adore enchaîner le bissap (boisson d’hibiscus), les beignets ou autres petites choses à boire ou à grignoter qui pour moi sont autant de pauses régaliennes (ça se dit peut-être pas…..mais on peut accepter quand c’est l’estomac qui parle !) dont je me demande si j’aurais aimé que la voiture parte aussitôt. C’est donc le chauffeur et lui seul qui attend ….. les passagers pour compléter le véhicule. De ma table de dégustation et non de plus gros mangeur, j’observe qu’on décharge les bagages du coffre pour une autre voiture. S’ensuit un petit attroupement qui met fin à ma dégustation. 2 chauffeurs se disputent le déplacement dans un dialogue de « c’est mon tour », « non c’est le mien ». Ca ne m’a fait que changer de table et je me retrouve dans la petite guérite avec ces chefs qui devant eux écrivent à la craie sur le tableau noir les numéros des immatriculations dans leur ordre de départ pour toutes les destinations au départ de cette gare. Peut-être suis-je donc en compagnie des instigateurs de ce litige mais je ne suis pas là pour enquêter….. Juste pour accepter quelques fruits dont le nom a moins de valeur que son goût sur mes papilles et sa place dans mon estomac. La faim me cultive sans penser à ceux qui ont soif de se cultiver sans fin en lisant ce récit (facile !!). Je ne connais donc pas le nom de ces fruits !Mais à quel moment de la journée se passent ces premiers moments en territoire béninois. La frontière n’a pu être passée qu’en journée mais la faim n’a pas d’heures et l’attente qui dure des heures… ? Réponse : il est 17h, ça fait 8 heures d’attentes et pour ma santé il faudrait mieux qu’on parte !Nous allons partir et voyager de nuit, donc difficile de m’arrêter de nuit dans une ville. Je décide que je prolongerai directement jusqu’à Cotonou, tout au sud sur la côte, et appelle mon contact là-bas pour l’avertir de mon arrivée le lendemain matin. Nous quittons Malanville et sur la route nous croisons de nombreux camions transportant du coton. La vitesse où ils roulent avec la hauteur de leur chargement et l’état des routes laissent à penser que les accidents doivent être fréquents. Au passage dans une ville, le chauffeur s’arrête et disparaît pour récupérer quelque chose dans une famille. Ce temps perdu n’est pas du goût d’un des passagers qui déjà excédé par la conduite sportive du chauffeur finit par manifester avec plus de virulence son mécontentement au retour de ce dernier : « Si ça continue, je change de véhicule », « T’as qu’à descendre ici ». Nous continuons et le sommeil a finalement raison de sa colère. Mais arrivé à Parakou, l’une des plus grande ville du pays, nous descendons pour manger chacun de notre côté à l’une des petites tables alignées au bord de la route, et repartons sans attendre le fameux passager. Le chauffeur ne se pose pas de questions et ça fait un peu plus de place dans le véhicule. Mais pas pour longtemps. A peine sortons nous de la ville que le chauffeur prend un autre passager. D’après l’heure et le temps qu’il nous reste à parcourir, nous allons certainement arriver vers 4 heures du matin à Cotonou. Je ne vais pas déranger ma famille d’accueil à cette heure-ci. Le nouveau passager semble sympathique, peut-être saura-t-il se montrer d’une quelconque aide à l’arrivée, tout du moins je l’espère. Nous entrons dans Cotonou et à peine ai-je le temps de commencer à lui expliquer ma situation que nous sommes interrompus par un contrôle de police qui semble mal se passer. Je reste dans la voiture pendant que le passager va essayer de comprendre se qui se passe auprès du chauffeur qui paraît en pleine discussion un peu houleuse avec les policiers quelques mètres derrière. Ils reviennent une demie - heure plus tard, le calme retrouvé mais le chauffeur n’est plus en possession de son permis. Il a grillé un feu et n’a pu s’arranger avec les policiers. Nous déposons les autres passagers sauf la personne susceptible de me dépanner mais qui semble avant cela vouloir accompagner le chauffeur dans ses démarches pour récupérer son permis. Ainsi nous nous rendons au commissariat central de la police. J’attends une nouvelle fois dans la voiture. Il doit être environ 5 heures. Enfin arrive mon tour de profiter de la gentillesse du passager. Il nous fait déposer non loin de là où il habite et me fait rentrer dans un petit hôtel qui jouxte une rue animée en boîtes de nuits et en celles qui servent de trait d’union entre les boîtes et l’hôtel….. Une chambre est libre et j’en profite pour prendre une bonne douche, je ne me suis pas lavé depuis 3 jours. Quelques heures de sommeil et j’appelle Fidèle Quenum, mon hôte béninois. Il envoie un jeune en moto me récupérer. Ce dernier m’emmène déposer mon sac à la pharmacie de Fidèle car la maison est un peu loin pour y aller maintenant et le programme ne nous le permet pas. Nous allons prendre un bon repas dans un restaurant en plein air du centre ville puis nous partons dans un de ses repères prendre une bière, ou plutôt 2. Un rendez vous est fixé avec fidèle pour le rejoindre au congrès de son parti politique. Nous nous rendons à la salle située au village artisanal et je rencontre enfin Fidèle, pour la deuxième fois. La première c’était en France en juillet dernier au mariage de sa fille, une collègue. Nous n’avions pas eu le temps de faire réellement connaissance mais cette fois-ci il me faudra peu de temps pour le connaître étant donné les circonstances avec le congrès du parti communiste béninois dont il est le vice président. Je m’assois dans l’assemblée parmi les responsables du PCB des différentes régions du pays et d’autres sympathisants venus pour certains de l’étranger. A la table d’honneur le président et son second : Fidèle, présentant les positions du parti vis-à-vis de la politique du président Boni Yayi et de son gouvernement. S’en suivent des prises de paroles dans l’assemblée par des personnes vantant les mérites du président du parti pour garder les mêmes positions malgré les intimidations du gouvernement. Cette fin d’après midi me permet en quelques heures de comprendre beaucoup de choses du pays. Nous partons récupérer mon sac à la pharmacie puis avec Fidèle prenons chacun une moto-taxi appelée ici « Zem » (Zemidgen) pour aller à la maison située en banlieue de Cotonou dans la ville de Cocotomey. Ici les motos sont plus nombreuses que dans les autres lieux que j’ai visités jusqu’à présent. A chaque feu, plusieurs rangées de zem attendent le signal pour démarrer, comme pour le départ d’une course de motos. La fin du trajet se fait dans le sable et les tous derniers mètres à pieds. Nous venons de faire une bonne dizaine de kilomètres je pense et la course aura coûté 800 CFA (1.2 €). Nous voici donc à la maison dont les travaux touchent à leur fin. Je fais connaissance avec la maman, la fille, la petite fille et les bonnes. Une chambre m’attend où je dépose mes affaires et me couche après le repas. C’est incroyable sur ces derniers jours comment les évènements se sont enchaînées avec une succession de découvertes et de rencontres sans transitions ni mésaventures, juste dans des conditions simples et enrichissantes.Le lendemain je fais la connaissance d’Eric, de la famille, qui habite Comé à une soixantaine de km à l’ouest de Cotonou, mais qui vient régulièrement pendant les congés passé du temps à la maison. Nous partons ensemble en ville (à Cotonou) chercher l’ambassade du Ghana, une de mes prochaines destinations. Les ambassades de ce pays se font rares en Afrique de l’ouest et les formalités pour l’obtention d’un visa sont parfois strictes. Nous prenons un zem pour 2 et après quelques détours pour trouver l’ambassade, ou plutôt là où elle était avant son déménagement, nous finissons par trouver la nouvelle adresse. Pendant que je rentre me renseigner, Eric reste parlementer avec le chauffeur (au passage, nous étions 3 sur la moto !) car le prix de départ n’est plus du goût de ce dernier et va falloir trouver un compromis. Quand je ressors de l’ambassade avec comme unique renseignement que ce n’est plus l’heure pour déposer les demandes de visas, la moto est déjà partie. Nous partons me trouver un salon de coiffure puis passons à la pharmacie pour saluer l’ « équipe de choc ». Deux équipes se relaient pour laisser la pharmacie ouverte de 8h à 22h. L’équipe qui est d’après midi cette semaine compte dans ses rangs 3 titulaires et 2 stagiaires. Il y a parmi les titulaires la chef d’équipe, celle dont j’aime observer le professionnalisme. Je me demande comment elle peut vendre des médicaments avec les clients qui arrivent malades mais qui pour la plupart se marrent au bout de 2 minutes. Il y a les médicaments prescrits par un docteur et ceux qui peuvent être vendus sur conseils. Son principal médicament semble être celui de la bonne humeur et son conseil de savoir la garder ! Après ce bon moment passé avec l’équipe, nous partons à la maison, la journée se termine. Ca pourrait être une journée comme les autres mais nous sommes aujourd’hui le 31 décembre. Je pense qu’Eric aura des idées de sorties. Il n’est encore pas trop tard pour se décider. Fidèle nous rejoint à la maison et après le dîner, de la pâte de maïs, nous nous installons devant la maison à observer la lune qui éclaire la nuit, alors que les maisons du quartier sont plongées dans le noir, quoi de mieux pour souhaiter une bonne année qu’une coupure d’électricité ! Eric a disparu et quand minuit passe, nous envoyons avec Fidèle quelques sms en France. Ainsi se passe le réveillon.Le lendemain je pars rendre visite à la famille dans un quartier voisin. La moto passe dans des endroits un peu marécageux. Dans la cour de la maison sont présents une quinzaine de personnes et à peine ai-je fini de saluer tout le monde que les restes de la veille font leur apparition. Champagne, Martini, Whisky. Ici au Bénin on boit beaucoup, plus que dans les pays visités précédemment. Quelques arachides et gâteaux apéritifs accompagnent les verres qui s’enchaînent. Un doyen à côté de moi semble être en pleine forme pour son âge. Avant de partir quelqu’un se propose pour m’emmener à Ouidha, quelqu’un d’autre à ganvié, les 2 villes étant des lieux très intéressants. Mais comme Fidèle m’invite aussi à une fête culturelle qu’il organise le 12 janvier, je vais en profiter pour aller passer quelques jours au Togo pour revenir ensuite et visiter Ouidha le 10 janvier, jour de la fête du Vaudou. Le programme est fait. Le lendemain, je retourne à l’ambassade du Ghana, les formalités sont simples (même s’il paraît que ce n’est pas dans toutes les ambassades Ghanéennes que le visa est facile à obtenir) et je remplis le formulaire en inscrivant des adresses d’hôtels au hasard avec l’aide de mon guide. Je pourrai venir chercher le visa dans 48h. Puis je vais à Cocotomey, pas exactement à la maison, mais quelques carrés d’habitations plus loin pour passer un peu de temps avec la maman à sa boutique. On y vend des tomates et des piments dans des paniers étalés à l’extérieur et des boissons et aliments de base sous le prolongement en bois d’une petite maison où se trouve le stock. Les bonnes, 2 sœurs et une autre fille, n’ont pas l’air de s’ennuyer. Entre 2 clientes elles se chamaillent quand la maman a le dos tourné. C’est certainement mieux que de piquer les bonbons. Depuis la maman à arrêter d’en vendre. Puis il y a la petite fille « Béné », dont la maman Yollande tient un salon photo, qui reste à la boutique pour le plus grand plaisir de tous ceux qui aiment la porter. Je rentre à la maison et vers 21h les filles rentrent à leur tour. Elles réapparaissent plus tard vêtues d’une robe aux mêmes motifs multicolores. Je décide de les emmener au salon photo et me voilà partis avec les filles qui se font un plaisir de bouger et de montrer aux différents voisins leur belle robe. Arrivés au goudron nous prenons deux motos, le salon photo n’est qu’à 10 minutes. Nous arrivons devant la boutique où de chaque côté des tailleurs sont encore au travail. Des jeunes arrivent pour s’y faire photographier, tous les quatres vêtus de leur plus beau style tendance américaine. Et c’est au tour des filles de poser à mes côtés pour un beau souvenir. Yollande m’emmène ensuite non loin de là rendre visite à une famille togolaise. C’est la fête dans la maison avec des hommes qui ont un peu bu. Il y a du monde dans la maison et les gens aiment danser sur de la salsa. Deux autres « blancs » sont là. Ils ont la cinquantaine bien avancée. L’un d’eux vient discuter. J’apprends qu’ils résident au Togo depuis pas mal d’années. Ils aiment le business. Son ami nous a rejoint et les deux savants fous m’expliquent leur dernier business après d’autres infructueux. « Savants fous » puisqu’ils sont en train de mettre au point, avec l’aide financière de leurs amis togolais et les connaissances scientifiques du pays et du frère de l’un médecin en Algérie, un traitement contre les problèmes sexuels. J’hallucine au fur et à mesure de la discussion et je vous en passerai les détails mais leur produit semble au point et les deux amis affichent une confiance qui devrait les rendre millionnaires en quelques mois…… à condition que le brevet du médicament puisse être déposé…………….par eux. J’en oubliais que les filles qui m’accompagnent sont en train d’attendre au labo photo. Pour Yollande rien de grave mais on finit par partir les chercher et rejoindre en moto la maison.Le lendemain c’est le départ pour Lomé au Togo. Avant de quitter la famille, je pars saluer l’équipe de choc et Fidèle à la pharmacie puis un bref passage à la boutique avec la maman qui me remet une chemise taillée sur mesure (le tailleur était venu la veille me prendre les mesures) et au labo photo où Yollande me remet les photos prises la veille avec les filles. J’emporte avec moi quelques souvenirs qui me font beaucoup plaisir et je suis content de partir en sachant que je reviendrai dans quelques jours. Angelo, quelqu’un de la famille, m’accompagne au bord du goudron pour m’aider à stopper une voiture qui fait route vers Lomé. Je trouve rapidement un véhicule privé et c’est parti pour 2 ou 3 heures de routes, Lomé et Cotonou étant séparés que d’une centaine de km. Le passage de la frontière se passe pour le mieux. Le chauffeur qui comptait s’arrêter à la frontière m’emmène jusqu’à Lomé (mais le prix fixé au départ était bien pour Cotonou-Lomé). A Lomé je dois retrouver des amis de longue date dont l’un travaille dans une paroisse. Une fois arrivé dans la capitale togolaise, je trouve une moto-taxi qui m’emmène donc à la paroisse Maria Auxilliadora. Je retrouve l’ami en question puis je file dans la famille où j’avais logé lors de ma venue il y a quelques années. Je sais dans quel quartier elle se trouve mais en arrivant sur les lieux, il y a tant de nouvelles constructions que je suis un peu perdu. Je n’ai pas leur numéro de téléphone, juste des noms avec quelques photos de famille. La moto-taxi me dépose dans le quartier et je commence à mener l’enquête. Quelqu’un me propose de monter à l’arrière de sa moto et nous partons à la recherche de la famille. Personne ne semble connaître le nom et les visages sur les photos qui datent un peu malheureusement. Puis je me souviens d’un terrain où nous allions jouer au foot. D’après la description que j’en fais, certaines personnes semblent connaître l’endroit qui est en fait un lycée. Arrivé au lycée, je décide d’aller montrer les photos aux profs et je me retrouve dans le bureau du directeur qui ne reconnaît aucun visage. Il m’envoie vers un surveillant qui travaille dans l’école depuis longtemps. Ce dernier ne reconnaît personne mais un jeune se trouvant à ce moment là dans le bureau identifie formellement les visages. Il m’entraîne aussitôt dans son sillage et nous nous éloignons de quelques centaines de mètres du lycée pour finalement arrivé devant la maison que je reconnais. J’entre dans la cour et me trouve nez à nez avec les garçons dont le second Téko se rappelle très bien de moi. Je retrouve la famille 9 ans après. En 1999, ils venaient de perdre leur père et alors que je logeais dans une autre famille du centre ville, la maman m’avait demandait de venir passer quelques nuits chez eux. J’étais finalement resté 2 semaines parmi les 5 garçons, la grande sœur et leur maman. A peine les retrouvailles faites nous partons au marché où la maman et la grande soeur tiennent un petit commerce. Arrivé sur les lieux, je retrouve en premier la grande sœur puis me retourne et aperçoit la maman arrivant en courrant. « Elle a vieillit ! » me dit Téko. C’est pour ces moments là de retrouvailles que j’ai décidé de revenir voyager en Afrique et je ne le regrette vraiment pas La sœur est mariée et à un enfant de 2 ans. Son mari travaille à Cotonou et ne vient pas souvent à Lomé. Nous rentrons à la maison, avec un détour au bar-hôtel situé derrière la maison pour prendre une bière. Comme au Bénin et dans d’autres pays de la sous-région, on boit beaucoup de bière en plus des alcools locaux. Puis nous repartons, mais cette fois-ci en ville pour d’autres retrouvailles. Les motos nous déposent près de la paroisse. Nous faisons le reste à pieds pour tous les 10 mètres visiter d’autres connaissances de Téko avant d’arriver chez un ami. Chez ce dernier, nous retrouvons sa femme qui nous demande de l’attendre. Puis il arrive, encore plus heureux de me revoir sous l’effet des quelques verres qu’il a du boire depuis le retour du port où il travaille. Nous passons dans une autre maison où vit la femme de quelqu’un dont j’avais fait la connaissance avant, l’occasion de nous asseoir pour prendre un petit verre de Sodabi, l’alcool de palme qui n’est servi que dans de petits verres mêmes si on aime les remplir correctement. Puis nous partons aussitôt à pieds chez son frère Aaron, mais la maison est un peu difficile à trouver ! Nous y arrivons finalement et attendons dans le petit salon qu’Aaron et sa femme reviennent de la messe. Les retrouvailles ont enfin lieu. Aaron était venu en France à l’occasion des Journée mondiales de la Jeunesse en 1997 et avait logé chez mes parents puis je l’avais rencontré au Togo lors de ma venue en 1999. Il appelle aussitôt un autre ami qui débarque rapidement. Nous voici tous ensemble comme la dernière fois. Aaron me présente sa femme en me disant qu’ « elle a grossi » et s’empresse de lui commander le repas : « macaroni » comme on appelle ici le plat lorsqu’on mange des spaghettis. Les bières arrivent rapidement et nous commençons à nous remémorer les souvenirs. Puis nous faisons le programme. Je n’irai pas cette fois-ci à Kpalimé (une des villes touristiques du pays) mais je retournerai dans leur village. Le ventre plein, nous quittons la maison, Aaron nous laisse en compagnie de son frère duquel il dit qu’il abuse de la « boisson » lorsqu’il touche sa paye. Mais ça n’empêche pas ce dernier accompagné de sa fille de nous guider Téko et moi à l’endroit où prendre des motos pour rentrer à la maison. Mais comment va-t-il faire pour rentrer chez lui.Nous arrivons à la maison et à peine prenons nous le temps de manger la « pâte » faite de maïs en guise de deuxième dîner que nous partons avec la copine de Téko et une amie en ville, c’est vendredi soir et il n’y a pas de temps à perdre pour profiter de l’ambiance de fin de semaine à Lomé. Des motos nous conduisent sur le « Boulevard » où sont alignés les maquis, bars avec terrasses empiétant sur la route où les gens alignent les bières en dansant un peu partout. Nous parcourons le boulevard en marquant un arrêt à chaque maquis où l’ambiance semble meilleure. Il est 5 heures du mat’ quand nous montons dans un taxi direction la maison. Nous nous couchons au petit jour en croisant la maman qui elle se réveille. Belle première journée ou plutôt première nuit au Togo. ….avec déjà de la bière qui commence à couler dans mes veines !Le lendemain c’est repos forcé pour les ambianceurs. Nous passons l’après-midi à l’ombre sous la paillote dans la cour puis le soir arrive avec un nouveau départ vers le boulevard. Mais il va nous être plus difficile de l’atteindre. En effet, alors que l’heure tardive et le manque de motos-taxis nous obligent à marcher jusqu’au bord de la route, un camion de police stoppe juste devant nous. Téko n’a pas ses papiers, moi non plus et les filles ont des pièces d’identité périmées. « Montez, on vous emmène , nous ordonne le « chef » - non mais on habite juste là - et toi, tu sais qu’on ne se promène pas sans papier en ville- oui je sais Il faut dire oui à toutes les morales si on veut pouvoir se tirer d’affaire- et le soir c’est dangereux, faut pas sortir comme ça- oui c’est vrai mais je suis avec mes amis- tu habites où ?- chez mon amiIl s’adresse à Téko- et toi tu héberges un étranger qui n’a peut-être pas de papiers- mais non chef, c’est un ami On sait très bien que cette discussion n’a ni queue ni tête mais il faut passer par là si on veut bien s’en tirer. Je demande à Téko s’il faut glisser quelque chose. Téko lui propose de nous emmener à la maison pour aller prendre nos pièces d’identité. Le « chef » se retourne vers moi :- comment tu t’appelles ? je vais appeler pour vérifierIl sort son talkie-walkie et parle le dialecte. Téko se rapproche de lui et lui redemande de nous emmener à la maison - attendez je rappelle (l’appel terminé). Bon les gars il faut faire attention le soir, faut toujours avoir ses pièces d’identité sur soi, bon (en me regardant) lui (en montrant Téko) c’est mon fils, on vient de la même région, c’est pour ça je vais pas vous emmener au poste mais faites attention. Allez-y, rentrés chez vous.- Merci chef »Nous rebroussons chemin puis quelques mètres plus loin« On s’en est bien sortis », « Oui mais j’ai du lui filer un billet de 1000 francs » me répond Téko. A peine le camion de police disparaît-il que nous nous interrogeons pour aussitôt repartir. Nous allons finalement jusqu’à la maison pour prendre nos papiers et repartons tenter notre chance. La chance à l’air de nous sourire car nous trouvons 2 motos pour nous conduire en ville. Mais à peine a-t-on parcouru 200 mètres que nous apercevons au loin un véhicule de police, la première moto avec les 2 filles est stoppée par le véhicule tandis que Téko et moi derrière sur la seconde moto n’avons pas le temps de faire demi tour car un policier posté avant nous oblige à nous arrêter.« - Vos papiers d’identité- les voici Nous sommes tous deux contents d’être en règle. Puis il s’adresse au chauffeur de la moto :- surchargeNous sommes trois sur la moto- descendez de la motoNous nous exécutons puis rejoignons devant les 2 filles. Un autre policier nous interpelle :- elles sont avec vous- oui- on les emmène, elles n’ont pas leurs papiers en règle- s’il vous plaîtLes policiers semblent plus motivés pour soutirer quelque chose aux chauffeurs des 2 motos et ils nous laissent finalement partir……….à pieds jusqu’au bord de la route pour prendre un taxi sans rencontrer de nouveaux policiers !Avec un peu de retard sur le programme nous recommençons comme la veille, les maquis, le retour tardif et les salutations à la maman qui se réveille. Seule différence, je m’aperçois avant de me coucher que mon portable n’est plus dans ma poche. Volé ou tombé malencontreusement dans le taxi, ce n’est pas une perte qui m’empêchera de dormir, il faudra juste dorénavant que je pense à noter tous les numéros sur un carnet….. Nous passons le dimanche tranquillement. Je fais connaissance avec les personnes locataires des chambres appartenant à la famille et faisant partie de la concession. Nous nous retrouvons donc sous la paillote. Il y a un étudiant Tchadien, Frédéric un Nigérian avec sa femme, et un couple Togolais-Nigérian dont la femme est enceinte. L’occasion de parler du Nigéria, ce pays hors norme où la vie y est particulière, beaucoup de violence, de business en tout genre et une population de 140 millions d’habitants. Pour le business, les Nigérians voyagent partout en Afrique occidentale. Ainsi Frédéric vend des friperies (vêtements) dans le grand marché du quartier. Pour l’autre Nigérian de la maison, c’est aussi le business qui l’amène au Togo mais c’est la musique qui le fait régulièrement voyager dans son pays. Pour lui ici au Togo il n’y a pas grand monde dans les rues ou dans les maisons comparativement au Nigéria. Alors que les différentes visites faites la veille m’avaient emmené dans des maisons où ça grouillait de monde. Mais c’est vrai que Lagos (capitale économique du Nigéria), est la ville la plus peuplée d’Afrique noire ! Je referme cette parenthèse nigérianne mais pas pour raconter une nouvelle soirée sur le boulevard, ce soir nous marquons une pause.Le lendemain c’est le jour de la visite au village. Aaron et un ami devaient maitriser la préparation de ce déplacement mais nous ne partirons qu’à 15 heures après qu’ils m’aient demander de payer la location du taxi, ce qui n’est pas du goût de Téko pour qui les activités professionnelles d’Arron, de son frère et d’un autre ami auraient pu leur permettre de se cotiser pour trouver 15 000 cfa. Téko lui ne travaille que par intermittence et gagne vraiment trop peu pour pouvoir participer à quelques frais durant mon séjour, ce qui le gêne un peu. Nous partons en direction de la frontière béninoise où se trouve le village d’Anfouin, plus d’une heure de route avec les derniers km non goudronnés. Un jeune garçon spécialiste des ascensions de palmiers et aussi du voyage pour la démonstration. Arrivé au village, tout se met en place rapidement. Le repas est commandé, le féticheur est trouvé et tout peut commencer. D’abord quelques salutations puis direction la case du marabout auquel j’avais rendu visite la dernière fois. Il est aujourd’hui décédé et ce sont ses fils qui ont repris la relève. Il me faut d’abord donner 500 cfa avant de rentrer dans la cour, puis je suis installé dans la petite case où ont dormis la veille quelques personnes avec des restes de sacrifices (pas de ces personnes !) encore visibles. La pièce est petite et nous ne sommes que 5 ou 6 dont Aaron, mon interprète, à pouvoir y entrer. Le fils aujourd’hui féticheur reconnu du village commence à me présenter les fétiches : des statues ou monticules de terre incarnant des esprits ou des divinités qui portent aujourd’hui les stigmates de la veille ; sang, herbes, œufs, ossements. A chaque présentation d’un fétiche, il faut comme le bénir en le faisant un peu fumé une cigarette (si c’est une statue) ou en lui crachant dessus un peu de sodabi, l’alcool de palme. C’est le féticheur qui se charge de ces rites, ainsi que celui de nous servir un verre de sodabi tous les 5 minutes. Au fil des minutes les voix montent d’un ton, encore plus avec l’arrivée d’un frère mécontent que nous soyons entrés dans la case avec ce qui a eu lieu la veille. Mais autant l’alcool fait hausser le ton la discussion rapidement, autant ça permet de vite oublier le problème une fois les esprits calmés. Ce moment avec le féticheur se termine avec la prédiction que j’aurai une augmentation de salaire ! La visite continue avec d’autres salutations et la visite chez le distilleur qui fait le sodabi : un feu avec un tuyau et des grands bidons, une fabrication artisanale mais qui produit assez de litres pour rendre les habitants un peu trop dépendants à cet alcool. On se dirige vers la maison où nous attend le repas et le poulet tout juste tué et préparé. Mes compagnons du repas semblent en apprécier certains os. Nous digérons avec quelques noix de cocos dont un jeune d’ici se fait un plaisir de les taillées et les ouvrir de façon ultra rapide. Il faut partir. Avant cela quelques photos et nous quittons le village. 
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